Ce texte inaugure une série de réflexions que je souhaite mener et partager par écrit sur divers aspects de notre société. J’ai choisi de commencer par le thème de l’éducation, et plus particulièrement par une question souvent négligée mais essentielle : l’articulation entre les savoirs manuels et les savoirs intellectuels.
L’éducation est au cœur de la vitalité et de l’avenir d’une société. Elle constitue le socle sur lequel une nation construit sa capacité à faire face aux défis collectifs, tout en assurant une forme de redistribution des chances entre ses citoyens. Encore faut-il qu’elle soit efficace, juste et adaptée à la réalité des besoins.
Depuis peu, j’ai entamé un travail de réflexion approfondi sur l’éducation, en particulier sur ce qui pourrait constituer un socle commun de compétences essentielles à la vie courante. Cette démarche part d’un constat simple : malgré l’allongement de la scolarité et la richesse des programmes, il existe une carence persistante en enseignements pratiques, utiles et concrets.
Le CAVC : un point de départ oublié
Le Certificat d’Aptitude à la Vie Courante (CAVC), supprimé en 1980, représentait une tentative concrète de transmission de savoir-faire essentiels à la vie quotidienne. Il comprenait notamment des épreuves pratiques et théoriques, orientées vers l’autonomie domestique :
Épreuves pratiques
- Cuisine : préparation de repas, techniques de base, gestion du budget alimentaire
- Couture : réalisation ou réparation de vêtements et de linge
- Ménage : organisation du travail domestique, entretien de l’espace de vie
Épreuves écrites et orales
- Hygiène et santé
- Gestion du foyer
- Économie domestique élémentaire
- Connaissance des produits alimentaires et ménagers
Ce certificat témoignait d’une volonté d’équiper les citoyens de compétences concrètes, bien que certaines dimensions pratiques essentielles, comme l’orientation spatiale (boussole, lecture de carte) ou les bases du bricolage, y étaient peu présentes — souvent reléguées à d’autres disciplines comme le sport ou la technologie.
Il est important de souligner que le CAVC était, dans les faits, réservé aux filles, tandis que les garçons étaient orientés vers des enseignements jugés plus « techniques », comme le travail du bois ou le dessin industriel. Cette répartition sexuée des compétences reproduisait une vision stéréotypée des rôles sociaux. Une formation réellement émancipatrice ne peut aujourd’hui faire l’impasse sur la mixité : les savoirs domestiques comme les savoirs techniques doivent être enseignés à tous, sans distinction de genre.
Un déséquilibre persistant
Aujourd’hui, bien que la quasi-totalité des jeunes soient scolarisés jusqu’à 18 ans, les savoirs enseignés privilégient majoritairement les compétences cognitives. Le français, les mathématiques, les langues et les sciences occupent une place centrale, tandis que les disciplines manuelles, artistiques ou techniques sont souvent marginalisées ou insuffisamment dotées.
La technologie est parfois perçue comme une matière mineure, les arts plastiques sont rarement valorisés, et il n’existe plus de formation institutionnalisée à la vie courante comparable au CAVC. Cette tendance traduit un déséquilibre regrettable : elle valorise certaines formes de savoirs au détriment d’autres, tout aussi utiles à l’autonomie et à la dignité individuelle.
Vers un programme rénové
Ce travail amorcé vise à réfléchir à un programme éducatif plus équilibré, qui redonne leur place aux savoirs pratiques sans sacrifier les exigences académiques. Il ne s’agit pas d’opposer le manuel à l’intellectuel, mais de les articuler de façon cohérente, dans une logique d’émancipation et d’utilité.
Il nous appartient collectivement de repenser ce que signifie être « instruit » au XXIe siècle. Un citoyen bien formé doit savoir raisonner, communiquer, analyser, mais aussi cuisiner, se soigner, bricoler, comprendre un contrat, lire une carte, gérer un budget. C’est à cette vision large et concrète de l’éducation que je souhaite contribuer.
À suivre…

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