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Repenser le budget public : efficacité, résilience et humanité

Le budget n’est pas qu’une question de chiffres Alors que certaines orientations budgétaires insistent sur des réductions rapides, il est essentiel de souligner que l’économie ne se résume pas à un exercice comptable. Chaque ligne budgétaire soutient un service public, des agents, des usagers, des compétences collectives, un lien social. Faire des économies, oui. Mais…

Le budget n’est pas qu’une question de chiffres

Alors que certaines orientations budgétaires insistent sur des réductions rapides, il est essentiel de souligner que l’économie ne se résume pas à un exercice comptable. Chaque ligne budgétaire soutient un service public, des agents, des usagers, des compétences collectives, un lien social.

Faire des économies, oui. Mais pas au détriment de l’opérationnel

Réduire les moyens de terrain — par exemple dans l’éducation, la santé, la justice ou les services de proximité — affaiblit la mission même du service public et peut avoir un coût social, humain et économique à moyen terme.

Le cas grec : une leçon d’austérité contre-productive

Le Independent Evaluation Office du FMI a publié en juillet 2016 une évaluation de son rôle lors de la crise en Grèce. Le rapport indique que le Fonds avait surestimé la capacité de croissance, sous-estimé les effets des coupes dans la fonction publique, et trop misé sur l’austérité, ce qui a aggravé la récession plutôt que de la soulager.

👉 Lire le rapport complet (PDF, site du FMI)

Les réformes imposées — réduction des salaires, des effectifs publics — ont conduit à un effondrement des services, à un chômage massif et à une dégradation durable de la cohésion sociale.

Miser sur le capital humain

L’éducation, la santé, la recherche ou encore la transition écologique sont moins des postes de dépense que des fondamentaux d’une société robuste. Investir dans ces leviers, c’est anticiper et construire de la valeur à long terme, plutôt que de céder à une logique purement comptable.

Et si l’on s’inspirait du secteur privé ?

Ces pistes ne servent pas à affirmer qu’on peut transposer directement le modèle privé au secteur public, mais elles ouvrent des réflexions utiles :

  • Une analyse publiée dans Harvard Business Review explique que certaines entreprises contournent mieux les crises en réduisant les couches managériales plutôt que de toucher à l’opérationnel, souvent responsable direct des services et résultats.
    👉 Lire : “Cost Cutting That Makes You Stronger” – HBR, 2023
  • D’autres travaux montrent que les organisations qui poursuivent des investissements stratégiques (innovation, formation, marketing, recherche) pendant les crises résistent mieux et gagnent des parts de marché lors de la reprise.
    👉 Lire : “Roaring Out of Recession” – HBR, 2010

Peut-on envisager une logique analogue dans le secteur public ? Continuer à investir, notamment dans l’éducation, la santé, la transition écologique ou la recherche, même en période tendue, pour renforcer notre socle collectif ?
C’est un peu ce qu’un État ferait en temps de crise : consolider ses capacités plutôt qu’en restreindre l’action.

Cependant, ce ne sont que des pistes de réflexion — elles demandent à être approfondies, débattues, adaptées. Il ne s’agit ni de privatiser le public ni de verser dans la logique marchande, mais d’envisager l’efficacité budgétaire comme une question stratégique, humaine et long terme.

Propositions concrètes pour une gestion plus équilibrée et plus juste

Les marges de manœuvre existent. Il est possible d’agir avec discernement et efficacité, sans affaiblir les services publics.

1. Cibler les niches fiscales inefficaces et les subventions non pertinentes

En 2023, la Cour des comptes estime que les dépenses fiscales ont coûté entre 81 et 96 milliards d’euros à l’État, selon la méthode de calcul retenue.

  • Supprimer ou réformer les dispositifs fiscaux sans effet démontré sur l’emploi, l’investissement ou la transition.
  • Réorienter les subventions aux énergies fossiles (estimées à plus de 10 milliards d’euros par an) vers des filières durables.

Source – Cour des comptes (PDF)
Source – Vie-publique.fr

2. Renforcer la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales

Les pertes liées à la fraude et à l’évasion fiscales sont estimées entre 80 et 100 milliards d’euros par an.

  • Renforcer les effectifs, les outils numériques et la présence territoriale des services fiscaux.
  • Coopérer au niveau européen pour lutter contre les paradis fiscaux et les montages d’optimisation agressive.

Source – Assemblée nationale (PLF 2023)
Source – Rapport parlementaire sur la fraude fiscale (2018)

3. Conditionner et évaluer l’usage des aides aux entreprises

Les aides publiques aux entreprises représentent plus de 160 milliards d’euros par an (aides directes, exonérations, garanties).

  • Conditionner les aides aux engagements vérifiables (emploi, relocalisation, formation, transition écologique).
  • Évaluer l’impact réel de ces aides : maintien de l’emploi, innovation, empreinte environnementale.

Source – France Stratégie, rapport 2022

4. Maintenir — voire renforcer — les investissements à effet de levier

Investir dans les secteurs à forte utilité sociale et économique est rationnel, même en période contrainte :

  • Rénovation énergétique des bâtiments publics et logements sociaux.
  • Santé de proximité, infrastructures scolaires, mobilités douces, numérique éducatif.

Source – OCDE, perspectives économiques (2022)

5. Améliorer l’efficacité administrative sans toucher au terrain

Des gains d’efficience sont possibles sans diminuer les missions de première ligne :

  • Réduire les doublons administratifs, fusionner certaines strates intermédiaires.
  • Simplifier les procédures de gestion et les circuits décisionnels internes.

Ces réformes visent à recentrer l’action publique sur les besoins concrets des citoyens, plutôt qu’à réduire à tout prix le nombre de fonctionnaires.

Conclusion

L’économie publique ne doit pas être un simple exercice de réduction de coûts. Elle doit répondre aux défis sociaux, sanitaires, écologiques et moraux. Apprendre du passé — comme l’expérience grecque — mais aussi penser les choix budgétaires à travers le prisme de la résilience, de l’investissement et du lien collectif, c’est proposer une approche budgétaire à la fois rigoureuse et humaine.

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